Fréron journaliste
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Fréron contre la philosophie!

FRERON JOURNALISTE
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Elie Fréron (1715/ 1776), dont la famille est originaire de la région d’Agen, naquit et fit ses études au collège de Quimper où ses parents s’étaient installés, puis à Louis-le-Grand, dans la capitale.

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Fréron participe à la rédaction du journal de l’abbé Desfontaines jusqu’en 1745. Un premier article signé par « l’abbé Fréron » paraît dans le numéro 465 du 13 avril 1743. Le titre d’abbé dont se pare l’auteur, est très discutable puisqu’il fut exclu du collège Louis-le-Grand, à cause de ses mœurs légères. D’autre part, son fils Stanislas Fréron, qui deviendra journaliste et continuera un temps l’œuvre de son père, n’est pas né de la cuisse de Jupiter et il semble que pour se faire connaître et lire, il valait mieux se présenter comme homme d’église.

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OBSERVATIONS SUR LES ECRITS MODERNES - Histoire nouvelle de Rienzi, censurée par M. l’abbé Fréron : « Lettre de M. l’abbé Fréron à M. l’abbé Desfontaines – L’histoire de Nicolas Rienzi, Chevalier, Tribun et Sénateur de Rome est si frappante et si intéressante, qu’elle a paru digne d’être écrite dans les deux plus belles langues qui soient aujourd’hui cultivées. Nous avons en Latin une vie très fidèle de ce fameux conspirateur, et Odoric Raymaldi, de l’Oratoire, en parle aussi fort au long dans son grand ouvrage des Annales Ecclésiastiques, en Latin...
Un écrivain anonyme, déguisé sous le nom de M. de Boispréaux, vient de publier une nouvelle Histoire du même Rienzi, un peu moins bien écrite, bien moins étendue et où l’on ne trouve pas beaucoup de recherches. C’est d’abord un abrégé de l’Histoire de l’Empire et de l’Eglise contenu dans un discours que l’auteur appelle Avant- propos -introductif.
Cela forme presque le tiers du livre, sans pourtant que l’Historien nous rende aucun compte de son travail, et sans qu’il fasse aucune mention ni de la vie latine de Rienzi, ni de ses historiens Raynaldi et Ducerceau. Il eût dû au moins nous apprendre où il a puisé tous les faits qui concernent son Héros ; mais nulle citation, si ce n’est dans quelques endroits de l’Avant-propos où il n’en était pas besoin. Que penser d’une maison où l’on entre par une pareille porte ?... »
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En 1745, le critique va voler de ses propres plumes et il fonde son journal Lettres de la Comtesse de *** qui sera interdit en 1746. La même année, Fréron commence les Lettres sur quelques Ecrits de ce Temps. L’ouvrage est, dans un premier temps, imprimé à Genève, puis à Nancy jusqu’en 1754.
Elie Fréron a, toute sa vie, combattu les philosophes. En 1754, il défend la musique française qui a été présentée par Jean-Jacques Rousseau comme inférieure à la musique italienne. Une violente affaire va opposer les partisans de la musique nationale à ceux de la musique italienne : à partir de 1752, la troupe des Bouffons va se produire à Paris et donne son premier spectacle : La Serva padrona ( La servante maîtresse). Rousseau fait l’éloge de cette pièce dans une brochure. Holbach va ouvrir les hostilités avec sa Lettre à une Dame d’un certain âge sur l’Etat présent de l’Opéra. La polémique va durer jusqu’au départ des Italiens le 7 mars 1754 et plus de soixante plaquettes seront imprimées par les deux camps. On verra même les partisans de la musique française se regrouper à l’opéra sous la loge du Roi et ceux de la musique italienne aller sous la loge de la Reine !
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Lettres sur quelques Ecrits de ce Temps, No 7 du 25 janvier 1754 : « Le Genevois a lieu de s’applaudir, et son triomphe est complet. Quelle satisfaction pour un Philosophe tel que lui, de se voir exposé à tous les traits de la satire. On a eu la complaisance de le servir selon son goût, et il doit à cet égard, des remerciements à la Nation Française. Je ne vous ai pas entretenu, Monsieur, de toutes les réponses plus ou moins vives qu’on a faites au redoutable ennemi de notre Musique, mais je ne puis me dispenser de vous faire connaître une nouvelle brochure qui a paru depuis quelques jours, sous ce titre : Apologie du Goût François, relativement à l’Opéra. Cet ouvrage s’annonce par une estampe dans laquelle on a représenté le Cheval Pégase renversant d’un coup de pied le pauvre Rousseau. Dans les deux premières parties, on terrasse le petit Prophète. La chute du Bohémien est suivie par celle du Genevois. Les trois dernières parties sont employées à détruire le système de M. Rousseau sur la Musique Françoise… Cette réflexion judicieuse est accompagnée d’une relation exacte des combats, attaques, escarmouches des deux Coins. On caractérise en passant les deux Armées et leurs Chefs. Du côté des François, on se bat en plaisantant. Du côté des Algébristes, des Allemands et des Allobroges, on fait très bien les honneurs de la Philosophie ; car les injures ne sont pas épargnées... »
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Commencé en avril 1754, le Journal Etranger fut dirigé par l’Abbé Prévost en janvier 1755, puis par Mr Fréron. Dans ce périodique, Prévost, Grimm, Toussaint, Arnaud, Suard et Fréron, souhaitent faire connaître à la France les auteurs, savants ou artistes du monde, ce qui est une initiative très méritoire. La rédaction de ce journal occasionne de grosses dépenses car les ouvrages étrangers doivent être commandés et livrés en France à grand frais: la poste de l'époque était privatisée...! Pendant sept années, le périodique survit. Quand Fréron en abandonne la direction, elle est reprise par Arnaud et Suard qui y mettront fin pour fonder la Gazette de France.
En août 1755, Prévost annonce dans sa feuille qu’il va abandonner la rédaction du journal et la confier à Fréron qui devient directeur en en septembre 1755. Il l’est encore en octobre 1756.

Journal Etranger, septembre 1756 : Le Journal de Gray’s-Inn par M. Murphy à Londres: « Le Spectateur, le Causeur, le Tuteur, le Vagabond, l’Aventurier, le Monde, le Connaisseur, l’Inspecteur, le Donneur d’Avis et le Journal de Gray’s-Inn, ne sont que des titres indifférents sous lesquels on rassemble un certain nombre d’écrits de tout genre. La manière dont se forment la plupart de ces collections est bien simple. Un auteur choisit un titre, s’annonce par quelques essais, et dès lors, il ouvre un bureau, où les gens d’esprit et autres, envoient leurs contributions pour l’amusement du Public et l’honneur d’un seul. Aussi, son succès dépend-il de son discernement dans le choix des pièces qui lui sont adressées. Dire, par exemple, que M. Adisson est l’auteur du Causeur (The Tatler), du Tuteur (The Guardian)… c’est dire seulement qu’il est l’auteur d’une partie des essais imprimés sous ces titres, et l’éditeur du reste. Je ne connais que la Journal de Gray’s-Inn de M. Murphy et le Vagabond (The Rambler) de Johnson, qu’on puisse regarder comme des productions d’une seule plume. Tous les autres Recueils sont en grande partie l’ouvrage de toute la Nation ou du moins, de plusieurs gens de Lettres.


Comme en faits d’écrits de cette nature, le grand art consiste à saisir les sujets à la mode, les vaudevilles du jour, on peut dire, en général, que ce sont les annales de la société et de la conversation en Angleterre. On y voit la morale, la politique, la religion, les goûts, les plaisirs, les vertus et les vices varier à l’infini dans ce pays par des révolutions rapides. J’ai choisi dans le Journal de Gray’s-Inn, un Essai de chaque genre. » Essai de Critique ~ Lettre à Mr de Voltaire : « J’ai remarqué, Monsieur, que vous saisissiez toutes les occasions de traiter notre Théâtre avec un peu d’humeur et que, même notre immortel Shakespeare, essuyait de votre part, des traits de satire qui me paraissent incompatibles avec ce goût que vous affectez pour les pensées et les expressions mâles. Si j’avançais même que la politesse et l’esprit de bienséance qui distingue votre Nation, vous abandonne dans quelques-unes de vos critiques, je suis persuadé qu’en les lisant de sang-froid, vous en tomberiez d’accord avec nous...."
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En 1754, Fréron propose un nouveau journal au public : L’Année Littéraire. Il porte comme indications à Amsterdam et à Paris, chez Michel Lambert, libraire. L’auteur déclare dans un avertissement qu’avec le peu de loisirs qui lui restent, il ne pourra répondre aux lettres qu’on lui adresse, ni lire les ouvrages manuscrits qu’on lui envoie...
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L’Année Littéraire, No 1 du 12 Mai 1756 ~ Essai sur l’Education des petits enfants, par M. Picardet, prêtre à Dijon : « Former le corps, l’esprit et le cœur des enfants sont les trois objets que l’auteur se propose. On forme le corps d’un enfant par une nourriture analogue à sa constitution, et cette nourriture est le lait de sa propre mère et non celui d’une simple nourrice...Depuis deux ans jusqu’à quatre ans, il aura assez de temps pour s’instruire des détails les plus curieux de toutes les Sciences. Au lieu des Fables de La Fontaine qu’on leur fait ordinairement apprendre par cœur lorsqu’ils commencent à parler, ne vaudrait-il pas mieux qu’on leur apprît l’usage de toutes sortes d’outils et d’instruments ? Au lieu de leur gâter l’estomac par des friandises, qu’on leur montre un morceau de sucre, qu’on leur explique la culture et la fabrique, qu’on leur parle des pays d’où il vient, des mœurs et des coutumes des habitants. Au lieu de lui conter l’histoire tragique de la Barbe-Bleue, qu’on lui fasse voir un rayon de miel et qu’on lui dise en bons termes que la mouche qui bourdonne est l’ouvrière adroite qui a construit les alvéoles où se trouve déposé ce sirop bienfaisant et agréable qu’on appelle miel…"

sagapresse3
8/08/08