Les Nouvellistes
Les Conférences
Mercure de France
Les Nouvellistes
Fréron journaliste
Marivaux philosophe
Premier quotidien

Les Nouvellistes et les autres

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En 1728, para�t le Spectateur Littéraire par Camusat, puis Le Nouvelliste du Parnasse par l�abbé Desfontaines et l�abbé Granet.

 

LE NOUVELLISTE DU PARNASSE, 1734 � Première lettre : � Vous me demandez, Monsieur, des nouvelles du Parnasse. Vous croyez, apparemment que j�y fais mon séjour. Je vous assure cependant, que je n�ai jamais dormi sur ce double Mont. Il est vrai que j�y ai des amis qui m�apprennent exactement ce qui s�y passe. C�est avec leur secours que je vais tâcher de satisfaire votre curiosité. J�aurai même l�honneur de vous écrire toutes les semaines, et de vous informer de tous les nouveaux fruits que produisent cette Montagne féconde. Il règne, depuis peu, sur le Parnasse, une guerre civile qu�Apollon a bien de la peine à éteindre. Une secte de profanateurs, ingénieuse et hardie, s�efforce aujourd�hui, d�abaisser tous les versificateurs qui, jusqu�ici, ont tenu le premier rang à sa Cour ; car vous savez qu�il n�est pas seulement le Dieu de toutes les sciences et de tous les Beaux-Arts. Or, les profanateurs prétendent aujourd�hui y exercer le métier de la Poésie, aussi bien que les versificateurs. On dit que c�est pour y parvenir, que plusieurs affectent d�employer dans tous leurs ouvrages, de quelque genre qu�ils soient, une prose figurée et cadencée, qu�à la mesure et à la rime près, vous prendriez pour de mauvais vers.
Apollon, qui déteste la folle prétention de ces prosateurs, tâche, par toutes sortes de moyens, de réprimer leur poétique orgueil. Mais, comme c�est un Dieu bon et sage, qui ménage tout le monde et tolère tout, il se contente d�en rire de cent façons différentes. C�est sur ce ton qu�il fit jouer cet été dernier, une comédie en un acte, intitulée : la Tragédie en prose, mais il ne fut pas content de la pièce qu�il trouva froide à la représentation� Il s�avisa ces jours passés d�ordonner qu�on jouât une tragédie entière de Racine, mise en prose� �

La même année, le français François Bruys, qui avait quitté le pays pour cause de religion réformée, est chassé de Hollande et son ouvrage Critique désintéressée des Journaux littéraires, interdit(1730). Il publie un périodique à Paris: Amusemens du Coeur et de l'Esprit. Voici comment il présente son premier numéro:" Je n'aurais pas eu de vanité pour oser étaler un titre imposant, si les Auteurs périodiques n'avaient acquis, depuis peu, l'heureux droit de ne pas remplir celui qu'ils mettent à la tête de leurs Feuilles. Je sens la portée de mon génie, et en même temps, la difficulté de plaire tout à la fois par la raison et par les sentiments... Quant aux esprits chagrins qui ne jettent les yeux sur un Ouvrage, que pour avoir la triste satisfaction de le trouver mauvais, je renonce au plaisir de leur en faire..."
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Le même abbé Desfontaines, accompagné cette fois par Mairault, Granot et Fréron se lance, dès 1735, dans la publication des OBSERVATIONS SUR LES ECRITS MODERNES.


OBSERVATIONS SUR LES ECRITS MODERNES, Lettre du 13 janvier 1740 : � Quoique le Neutonisme, Monsieur, soit une doctrine qui renverse toute la physique et éteint toutes les lumières que Dieu nous a données sur les propriétés de la matière, sur l�ordre et le mécanisme de la nature, et qu�il soit presque inconcevable qu�il puisse y avoir un homme qui soit Neutonien ( pensez Newtonien) de bonne foi, il faut avouer cependant, que cette philosophie, hérissée de calculs géométriques, et armée de fines observations, ne laisse pas, en plusieurs points, de donner de l�embarras aux Cartésiens, et de les mettre sur la défensive� Dans le fond, les Neutoniens et les Péripatéticiens se ressemblent assez. Les Péripatéticiens étaient des ignorants qui raisonnaient ; les Neutoniens sont des savants qui déraisonnent. La plus sublime géométrie ne sert qu�à les égarer et leurs admirables expériences ne sont pour eux, que des pièges qui les font tomber dans des erreurs subtilement grossières, dont on ne croirait pas l�esprit humain capable� Ce que nous avons écrit jusqu�ici sue cette fausse doctrine, à l�occasion du livre de M. de Voltaire et des écrits qu�on a publiés pour le combattre, a pu instruire le public des principes bizarres et des raisonnements ridicules de la Philosophie anglaise�
J�ai déjà rendu compte de quelques Chapitres du Livre de M. Bannière ; il me reste à parler encore de plusieurs autres, dont les questions sont trop importantes et trop belles pour les pouvoir négliger� L�ouvrage de M. Bannière n�est pas seulement une simple réfutation du Neutonisme et du Livre de M. de Voltaire ; c�est encore un répertoire d�excellentes remarques sur la Physique�
M. Banière attaque ensuite le terme d�attraction : je dis le terme ; car ce qui n�existe point, et ce qui même ne peut être conçu et défini, ne saurait être attaqué. Il fait donc voir que c�est une vraie chimère� qu�elle est aussi pitoyable que l�horreur du vide. M. de Voltaire dit que l�attraction n�est autre chose qu�une force par laquelle un corps s�approche d�un autre, sans que l�on voye, sans que l�on connaisse aucune autre force qui le pousse� Le Neutonien la suppose, et tout ce qu�il suppose être attiré, le Cartésien le prétend m� par l�effet de la pression�
Le petit nombre d�exemples, qui semblent favorables à l�attraction, ne la prouve aucunement. L�aiguille d�acier présentée à un des p�les de l�aimant s�en approche, sans qu�on voye aucun corps qui la pousse. Mais les Neutoniens démontrent-ils qu�il n�y a aucun corps qui pousse cette aiguille vers l�aimant ? Nous ne voyons rien� �

En 1744, Desfontaines publie les JUGEMENTS SUR QUELQUES OUVRAGES NOUVEAUX. L�abbé Granet, oubliant toute charité chrétienne s�empresse d�imprimer LE CONTROLEUR DU PARNASSE, pour servir de préservatif contre les faux jugements de M. l�abbé Desfontaines. Comme on le voit, les trahisons ne datent pas d�hier !!
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De nombreuses publications ont une durée de vie éphémère : Le Journaliste Amusant, 1731 � Le Glaneur Français, 1734 à 1737 � Nouveaux amusements de l�Esprit, 1737 � L�Anti-Feuille par Dujardin, concernant les jugements de Fréron � Observations sur la Littérature Moderne par l�abbé de la Porte, 1749 à 52, qui fonde également son Observateur Littéraire.

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sagapresse3
8/08/08