Les Conférences
Les Conférences
Mercure de France
Les Nouvellistes
Fréron journaliste
Marivaux philosophe
Premier quotidien

Une autre presse

Dès 1631, le privilège de publier des gazettes fut accordé au seul Théophraste Renaudot, puis à sa famille, le pouvoir s�assurant ainsi le contr�le de l�information. Cependant, dans une société avancée, d�autres sujets que la politique, méritent les honneurs de la presse.
_________________________________________________

Renaudot, organisa chaque lundi soir, une série de conférences publiques, dans son Bureau d�Adresses, animées par les plus beaux esprits de son temps, à partir du 22 ao�t 1633. Le contenu de ces causeries fut l�objet de notes et de publications régulières, datées et numérotées. Ne doutons pas qu�il s�agisse ici d�une ébauche de la presse scientifique et culturelle que nous allons retrouver quelques années plus tard :

� Cent unième Conférence du Lundi 2 février 1636 � 1/ Du sommeil ~ Comme la nature est le principe du mouvement, elle l�est aussi du repos et du sommeil, qui est la cessation des actions de l�animal, auquel seul il a été donné pour ce qu�il n�y a que lui qui se lasse dans ses opérations. Tous les animaux jusques aux insectes dorment, bien que ceux qui ont les yeux durs et des écailles, dorment plus obscurément que les autres, et les oiseaux plus légèrement que les animaux à quatre pieds qui tètent : pour ce qu�ils ont le cerveau plus petit et plus sec, et par conséquent, ont moins besoin de sommeil, qui a été donné pour rafra�chir et humecter cette partie. C�est pourquoi l�homme ayant un cerveau le plus ample de tous les animaux, a besoin de plus long sommeil, qui doit être d�environ sept heures� Le sommeil naturel se forme par le moyen des vapeurs élevées des aliments dans le cerveau, lequel d�ailleurs, faisant en nous l�office de ventouse, attire de son c�té ces vapeurs humides qu�il condense par la froideur et résout en une agréable rosée : laquelle venant à tomber sur le principe des nerfs, y bouche le passage aux esprits animaux, organes du sentiment et mouvement arbitraire qu�elle empêche�

Richelieu s�éteint en 1642, suivi par Louis 13 en 1643. Louis 14 et Colbert vont charger un parlementaire Denis de Sallo, de rédiger une publication littéraire et scientifique : Le Journal des Savants, dont le premier numéro para�t en 1665. Cette intéressante publication alterne les comptes-rendus d�ouvrages et les lettres de savants ou de voyageurs. Voici ce que l�imprimeur de son édition hollandaise déclare, en janvier 1682 : � Il n�est plus nécessaire de parler de l�utilité du journal ; il semble qu�on ne puisse plus rien faire que sous ce titre, et l�on voit tous les jours para�tre de nouveaux ouvrages, où chacun tâche de l�imiter en quelque chose. L�émulation qu�il excite et qu�il entretient dans les esprits tant au-dedans qu�au dehors du Royaume, produit sans cesse de nouveaux effets et nous lui devons tous les jours de plus riches et de plus utiles découvertes. Celle de conna�tre les divers changements qui arrivent dans l�air, de voir dans un clin d��il l�état où se trouve le ciel à chaque moment qu�on veut le chercher, la manière d�amollir les os, et d�en tirer une gelée admirable, de distinguer les véritables Chartes� On le voit augmenter toutes les années, et on a sujet d�en espérer plus que jamais par les correspondances que l�auteur du journal a présentement dans toute l�Europe�

Journal des Savants, du 27 avril 1682 : Description et figure des trombes dont il est parlé dans les voyages de Mr Thévenot : On appelle trombes certaines élévations d�eau qui se font quelquefois sur la mer pendant les orages et les tempêtes, depuis la superficie de l�eau jusqu�aux nuées. On voit d�abord l�eau bouillonner et s�élever au-dessus de la surface d�environ un pied (figure 1) au-dessus de quoi l�on voit para�tre comme une fumée noire un peu épaisse. Du milieu de cette fumée, il s�élève quelquefois comme un canal obscur, qui a assez de ressemblance avec une fumée qui monte aux nues (figure 2) et quelquefois, l�on voit plusieurs canaux qui, venant fondre des nues sur ces endroits forment autant de trombes en attirant l�eau de la mer, que l�on voit s�élever au milieu de ces canaux (figure 3). Ces trombes sont fort dangereuses car, si elles viennent à tomber sur un vaisseau, elles se mêlent dans les voiles, de telle sorte que quelquefois, elles l�enlèvent� �

Bernoulli � Nouveau système astronomique des comètes, 1682 � Paris : � Le dessein de Mr Bernoulli n�est pas seulement de donner un système astronomique des comètes pour en pouvoir prédire les apparitions, il prétend même que leurs mouvements se font dans la nature de la manière qu�il explique. Il tâche donc d�abord de démonter que les comètes ne peuvent se mouvoir que dans le vaste espace qui se trouve entre l�orbe de Saturne et l�extrémité du tourbillon du Soleil. Ensuite, pour mieux faire comprendre son système, il mesure toute l�étendue de ce tourbillon� Quoi qu�il en soit, il divise cette distance en deux parties égales et au point de division, il place une nouvelle planète� Et comme il y a d�autres petits astres qui se meuvent autour de quelques planètes, comme la Lune autour de la Terre� il prétend que plusieurs petits astres tournent autour de cette planète, qu�on n�a jamais vue, que ces astres ne paraissent que lorsqu�ils sont dans leur périgée et aux environs et que ce sont là les comètes que nous voyons quelquefois� �

En 1682, un troisième titre Le Mercure Galant, voit le jour. Son rédacteur, Donneau de Visé, reçoit une autorisation de para�tre. Il devient assez vite mensuel. Il s�agit d�une publication divertissante au service des arts et de la vie mondaine. En 1724, le Mercure Galant deviendra Le Mercure de France. Notons qu�assez souvent, le périodique comporte des faits d�armes à la gloire de la Monarchie :

Mercure Galant d�ao�t 1681 : � Mr le Chevalier de Béthune, Capitaine d�une frégate nommée La Mutine, étant parti le 23 juin du Fort Louis, pour rejoindre Mr de Chasteauregnaut, longea la c�te jusqu�à la rade de Cascaye, distante de sept lieues de Lisbonne. Il y mouilla le premier juillet et appareilla le lendemain, sur ce qu�il apprit de Mr Jean Bart, qui commandait deux frégates de Dunkerque, armées en guerre, qu�il venait de prendre un vaisseau des corsaires de Salé, et qu�il y en avait encore un autre de seize pièces de canon dans la c�te du Portugal. Ce premier vaisseau que Mr Jean Bart avait contraint d�échouer, était monté de cent trois Maures, qui s�étaient jetés à terre, et que le Prince Régent lui a fait livrer depuis. Le neveu du Gouverneur de Salé et quelques-uns des plus considérables de la ville, étaient parmi eux. Il y avait aussi dix-huit Chrétiens que l�on a remis en liberté. Sur cette nouvelle, Mr le Chevalier de Béthune longea la c�te du Portugal jusqu�au 4 du mois dernier et découvrit un vaisseau à la hauteur de quarante degrés au Sud-Sud-Ouest des Berlingues. Il lui donna la chasse jusqu�à huit heures du soir et, se trouvant un peu trop proche de la terre, il fit revirer de bord au large. Le lendemain, sur les quatre heures du matin, il aperçut ce même vaisseau qui donnait la chasse à une caravelle portugaise, qu�il abandonna, le voyant courir sur lui. Il tâcha de s�échapper mais, ne le pouvant plus, il prit le parti de se battre, à deux heures après midi. Il tira dix ou douze coups de canon sans qu�il en v�nt aucun jusqu�à la frégate, tant le pavillon de France rendait interdits tous les corsaires. Ainsi, ils furent contraints de donner vent arrière à la c�te et, dès qu�ils furent à terre, ils s�y jetèrent tous, à l�exception de dix-huit Chrétiens qu�ils menaient esclaves. Mr de Béthune fit mettre en mer son canot pour voir s�il ne serait point resté quelques Turcs dans le vaisseau échoué, mais ils s�étaient tous sauvés, au nombre de cent vingt-cinq� Vous pouvez juger avec quelle joie les esclaves Chrétiens les reçurent� �

Une intéressante description de la construction de la Galerie des Glaces à Versailles figure dans ce Mercure.Les Auteurs des Lettres Historiques contenant ce qui se passe de plus important en Europe, imprimées à La Haye ( Jacques Bernard, Jean du Mont�) ne manquent pas de critiquer Donneau de Visé dans leur numéro d�ao�t 1709 :

� Vous connaissez Mr Donneau de Visé. C�est l�auteur du Mercure Galant. Il y a trente-cinq ans qu�il le commença et il l�a toujours continué depuis. Le public lui a l�obligation d�avoir le premier introduit l�usage de ces journaux qui se donnent tous les mois et dont l�utilité est si générale et si grande. Ceux qui sont accoutumés de lire ses ouvrages savent que son grand et principal but est de se rendre agréable à la cour et que ce dernier dessein déterminé l�emporte chaque mois en des raisonnements si outrés et en des narrations si fabuleuses que l�on ne peut les lire sans être surpris� �

De nombreux français de religion protestante se sont réfugiés dans les Pays-Bas et de là, ils envoient quelques flèches bien aiguisées contre Louis 14 et ceux qui le flattent. Vous pouvez prendre connaissance de ces publications piquantes sur le site www.sagapresse.com

Avec le Siècle des Lumières, de nombreux périodiques de plus en plus spécialisés vont para�tre : le Journal des Dames, le Journal Economique, le Cabinet du Philosophe, l�Année Littéraire, le Journal de Musique, le Journal de Médecine� Mais c�est une autre histoire qui vous sera contée dans les pages suivantes...

_______________________________________________________


Copyright Jean-Pierre Boudet

L'ancêtre de la presse scientifique

Première inovation

Journal des sçavans illustré!

Seconde inovation...

sagapresse3
8/08/08